En bref. En 2025, le prix moyen des vignes AOP recule de 2,9 % en France, à 171 400 €/ha. Ce chiffre masque deux marchés opposés : hors Champagne, la baisse atteint 6,8 % (87 400 €/ha). Deux bassins progressent — la Champagne (+0,9 %, à 1 131 900 €/ha) et l’ensemble Bourgogne–Beaujolais–Savoie–Jura (+3,9 %, à 307 500 €/ha) — tandis que Bordeaux-Aquitaine (−23,8 %), le Sud-Ouest (−28,1 %) et le Cognac (−54,5 %) reculent fortement. Source : FNSAFER, Le prix des terres, édition 2026.
Un chiffre national qui ne décrit aucun marché réel
La baisse de 2,9 % du prix moyen des vignes d’appellation en France en 2025 est une moyenne trompeuse : elle additionne deux mouvements de sens contraire. Retirée du calcul, la seule Champagne fait basculer la lecture. Hors Champagne, le prix moyen des vignes AOP tombe à 87 400 €/ha, en recul de 6,8 % sur un an — plus du double de la baisse nationale.
La ligne de fracture ne sépare plus le prestige du générique, ni le vin rouge du vin blanc. Elle sépare la Champagne, la Côte-d’Or et quelques blancs de niche — Sancerre, Chablis — de tout le reste du vignoble français. C’est ce que nous appelons la grande divergence.
Prix des vignes AOP par bassin en 2025
| Bassin viticole | Prix 2025 (€/ha) | Évolution sur un an | Taux d’ouverture du marché |
|---|---|---|---|
| Champagne | 1 131 900 | +0,9 % | 0,6 % |
| Bourgogne–Beaujolais–Savoie–Jura | 307 500 | +3,9 % | 2,5 % |
| Alsace-Est | 110 700 | −5,4 % | 1,5 % |
| Bordeaux-Aquitaine | 77 100 | −23,8 % | 2,6 % |
| Vallée du Rhône-Provence | 58 100 | −1,0 % | 2,4 % |
| Val de Loire-Centre | 52 600 | +3,0 % | 3,8 % |
| Languedoc-Roussillon | 14 300 | −0,2 % | 2,9 % |
| Sud-Ouest | 9 600 | −28,1 % | 1,8 % |
| Vignes à eaux-de-vie (Cognac) | 23 200 | −54,5 % | 1,4 % |
| Moyenne nationale AOP | 171 400 | −2,9 % | 2,52 % |
| Moyenne nationale hors Champagne | 87 400 | −6,8 % | — |
Source : FNSAFER, Le prix des terres, édition 2026. Surfaces échangées : 19 000 ha au total sur le marché des vignes AOP en 2025.
Pourquoi la Champagne et la Bourgogne divergent du reste
Une offre rare face à une demande soutenue
Le marché le plus cher est aussi le plus fermé. La Champagne n’échange que 0,6 % de sa surface par an, contre 2,52 % pour l’ensemble du vignoble français. Cette rareté structurelle du foncier disponible soutient les prix indépendamment de la conjoncture commerciale de court terme.
Une exposition différente aux chocs commerciaux
Les effondrements de 2025 se concentrent sur les bassins les plus exposés aux marchés d’exportation heurtés : le Cognac recule de 54,5 % en un an, sous l’effet des droits de douane américains et de la procédure anti-dumping chinoise. À Bordeaux, la baisse atteint 23,8 % sur l’exercice — et 34,3 % en deux ans. Fait nouveau en 2025, la crise gagne le haut de gamme girondin, jusqu’ici épargné : Pauillac recule de 32 % (à 1,7 M€/ha) et Margaux de 43 % (à 800 000 €/ha) sur le seul exercice.
12 % des surfaces, 66 % de la valeur
La concentration de la valeur foncière est le second enseignement de l’exercice 2025. La Champagne et la Bourgogne réunissent 12 % des surfaces d’appellation françaises mais 66 % de la valeur du patrimoine foncier viticole national. À elle seule, la Champagne concentre 53 % de cette valeur pour 8 % des surfaces ; la Bourgogne, 13 % pour 4 %. Les deux tiers de la valeur du vignoble français d’appellation reposent sur un neuvième de sa surface.
Ce que la divergence signifie pour un cédant ou un acquéreur
La première conséquence est méthodologique : la moyenne nationale n’est pas un repère de valorisation. Un prix ne se lit qu’au niveau du bassin, de l’appellation et du cru. Ce que j’observe dans le vignoble depuis plus de 25 ans, c’est que les écarts intra-régionaux dépassent souvent les écarts entre régions.
La seconde tient au calendrier. Dans les bassins en recul marqué, l’écart entre la valeur attendue par un cédant et le prix accepté par un acquéreur s’élargit, ce qui allonge les délais de transaction. En Champagne et en Bourgogne, la rareté maintient la tension côté acquéreur. Ces éléments sont des points d’attention de marché, non une recommandation d’investissement.
Questions fréquentes
De combien le prix des vignes a-t-il baissé en France en 2025 ?
Le prix moyen des vignes AOP recule de 2,9 % en 2025 pour s’établir à 171 400 €/ha. Hors Champagne, la baisse atteint 6,8 % (87 400 €/ha). Source : FNSAFER, Le prix des terres, édition 2026.
Quels vignobles progressent malgré la baisse nationale ?
Deux bassins progressent en 2025 : la Champagne (+0,9 %, à 1 131 900 €/ha) et l’ensemble Bourgogne–Beaujolais–Savoie–Jura (+3,9 %, à 307 500 €/ha). Le Val de Loire-Centre est également en légère hausse (+3,0 %).
Pourquoi le prix des vignes à Bordeaux et à Cognac s’effondre-t-il ?
Ces bassins sont les plus exposés aux marchés d’exportation heurtés en 2025 (droits de douane américains, procédure anti-dumping chinoise sur les eaux-de-vie). Le Cognac recule de 54,5 % et Bordeaux-Aquitaine de 23,8 % sur un an.
Quelle part de la valeur foncière la Champagne représente-t-elle ?
La Champagne concentre 53 % de la valeur du patrimoine foncier viticole d’appellation national pour 8 % des surfaces. Avec la Bourgogne, l’ensemble atteint 66 % de la valeur pour 12 % des surfaces.
Sources
FNSAFER, Le prix des terres, édition 2026 ; Comité Champagne ; BIVB ; Agreste (recensement agricole 2020). Données de l’exercice 2025. Cette analyse reprend les données de l’Observatoire VITACEAE du foncier viticole — édition de juillet 2026. Pour approfondir : prix des vignes en Champagne en 2025 et prix des vignes en Bourgogne.
Cette analyse est une lecture de données publiques agrégées. Elle ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni une recommandation d’investissement.
Philippe Petit
Fondateur — VITACEAE
OEnologue de formation, ancien courtier assermenté en vins de Champagne, dixième génération de vignerons. Titulaire d’un MBA. Expertise en intermédiation, conseil M&A viticole et résolution de situations complexes pour les transactions viticoles en Champagne et Bourgogne.