La Côte des Blancs est le secteur le plus cher du vignoble champenois, et le seul dont la valeur moyenne dépasse un million et demi d’euros l’hectare. Le chardonnay y occupe la quasi-totalité de l’encépagement, sur une côte orientée à l’est qui court d’Épernay à Vertus. Six communes y sont classées grand cru : Avize, Chouilly, Cramant, Le Mesnil-sur-Oger, Oger et Oiry.
C’est aussi le secteur où l’écart entre la statistique publique et le prix des transactions réelles est le plus marqué. La moyenne du barème agrège l’ensemble du secteur ; le marché des grands crus se traite ailleurs. Cette page publie les deux valeurs et explique ce qui les sépare.
Où se situe ce secteur dans la hiérarchie champenoise
| Sous-appellation | 2024 (€/ha) | 2023 (€/ha) | Évolution | Fiabilité |
|---|---|---|---|---|
| Marne — Côte des Blancs | 1 632 000 | 1 683 000 | −3,0 % | Haute |
| Marne — Grands et premiers crus, Montagne de Reims et Grande Vallée | 1 229 000 | 1 181 000 | +4,1 % | Haute |
| Marne — Sud marnais | 1 167 000 | 1 145 000 | +1,9 % | Haute |
| Marne — Vallée de la Marne, Ardre et Vesle | 1 020 000 | 1 003 000 | +1,7 % | Haute |
| Aube — Côte des Bar | 950 000 | 932 000 | +1,9 % | Haute |
| Aisne | 882 000 | 833 000 | +5,9 % | Haute |
| Bassin Champagne — moyenne | 1 121 800 | 1 090 100 | +2,9 % | Haute |
Source : barème JORF (décision du 26 août 2025, NOR AGRS2523630S, pour le millésime 2024) ; SAFER-SSP-Terres d’Europe-Scafr. Valeurs en euros courants, non corrigées de l’inflation. Les évolutions sont recalculées sur les valeurs du barème.
La statistique publique et le marché des grands crus
Les deux mesures ne portent pas sur le même objet, et l’écart n’est pas une contradiction. Le périmètre d’abord : la moyenne agrège les communes classées grand cru et les parcelles de rang inférieur situées dans le même secteur. Le mode de faire-valoir ensuite : le barème publie une valeur unique pour les vignes, sans distinguer les biens libres des biens loués, alors qu’une vigne donnée à bail se vend moins cher qu’une vigne libre. L’état du vignoble enfin : une parcelle à replanter entre dans la même moyenne qu’une vigne en pleine production.
Un quatrième effet est propre à ce secteur. Les grands crus y changent de mains si rarement qu’une ou deux transactions suffisent à déplacer une moyenne annuelle. Le repli de 3 % de 2024 se lit avec cette réserve : il mesure la composition des ventes de l’année autant que le niveau du marché.
La décennie 2015-2024
| Segment | 2015 | 2016 | 2017 | 2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Côte des Blancs | 1 552 100 | 1 532 900 | 1 472 200 | 1 582 600 | 1 617 100 | 1 590 000 | 1 659 000 | 1 658 000 | 1 683 000 | 1 632 000 |
| Bassin Champagne | 1 144 000 | 1 113 000 | 1 122 500 | 1 129 600 | 1 108 000 | 1 102 000 | 1 040 600 | 1 065 700 | 1 090 100 | 1 121 800 |
Sources : SAFER « Le prix des terres » et DRAAF Grand Est / Agreste pour 2015-2019 ; barème JORF pour 2020-2024. Valeurs en euros courants. Les deux sous-appellations créées par le re-zonage de 2020 n’ont aucune série antérieure : nous ne la reconstituons pas.
Sur dix ans, la Côte des Blancs progresse de 5,1 % en euros courants — 1 552 100 €/ha en 2015, 1 632 000 en 2024. Rapportée à l’inflation de la période, c’est une stabilité, pas une hausse.
La trajectoire est plus instructive que le solde. Le secteur monte jusqu’en 2019, marque un palier, puis atteint son point haut en 2023 à 1 683 000 €/ha avant de refluer. Depuis 2019, la valeur n’a progressé que de 0,9 % : la Côte des Blancs est sur un plateau — comme le bassin dans son ensemble, qui reste sous son niveau de 2015.
Trois décennies, en jalons
| Segment | 1991 | 1995 | 2000 | 2005 | 2010 | 2014 | ×1991→2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Côte des Blancs | 296 477 | 403 596 | 596 973 | 783 292 | 1 083 729 | 1 570 660 | ×5,5 |
| Bassin Champagne | 181 408 | 264 087 | 416 825 | 605 629 | 858 866 | 1 123 107 | ×6,2 |
Source : SAFER-SSP-Terres d’Europe-Scafr, 1991-2014. Euros courants.
L’ordre de grandeur est celui d’une multiplication par cinq et demi en trente-trois ans. C’est la progression relative la plus faible des quatre segments dont la série remonte à 1991 — non parce que la Côte des Blancs aurait moins monté, mais parce qu’elle partait déjà de très haut : 296 477 €/ha en 1991, contre 86 002 pour l’Aisne. La hiérarchie des terroirs ne s’est pas déformée ; elle s’est resserrée en valeur relative.
Ce que la moyenne ne dit pas
Aucune statistique publique ne donne le prix d’un cru isolé. En Champagne, la commune est le cru : publier une valeur par commune reviendrait à publier une grille de prix par grand cru, c’est-à-dire la matière même de l’évaluation. Ni le barème ni l’Observatoire ne le font.
Trois paramètres, en pratique, séparent une parcelle de la moyenne de son secteur : le classement de la commune, le mode de faire-valoir, et l’état du vignoble — âge de plantation, densité, manquants. Le premier est public. Les deux autres se constatent sur pièces.
Reproduction autorisée sous réserve de citer la source sous la forme « Observatoire VITACEAE du foncier viticole, d’après le barème JORF et SAFER-SSP », avec un lien vers cette page. — Ce document est publié à titre d’information économique. Il ne constitue ni un avis juridique, ni une analyse fiscale, ni une recommandation patrimoniale, ni une évaluation. VITACEAE TRANSACTIONS SAS, RCS Reims 823 282 637, CPI 5102 2016 000 014 113 (CCI Marne-Ardennes).