Le statut du fermage viticole

Dernière mise à jour : 29 août 2026. Articles du code rural relus un à un sur Légifrance le 29 août 2026. Chaque article cité porte sa version et sa date d’entrée en vigueur. Un point de forme change tout sur cette matière : le congé se délivre par acte extrajudiciaire, et par lui seul.

Acheter des vignes louées, ce n’est pas acheter des vignes. C’est acheter un bien dont l’usage est entre les mains d’un tiers, pour une durée que l’acquéreur ne fixe pas, à un prix qu’il ne fixe pas davantage, et qu’il ne récupérera qu’en respectant une procédure dont la moindre irrégularité de forme annule l’effet. Le statut du fermage est d’ordre public : aucune clause de l’acte de vente ne le neutralise. Cette page identifie ce qu’il impose à l’acquéreur, article par article.

Neuf ans Durée minimale du bail rural, « nonobstant toute clause ou convention contraire ». La règle ne souffre que deux réserves, celle des petites parcelles et celle des locations annuelles renouvelables. Source : article L. 411-5 du code rural, version 1.0, en vigueur depuis le 1er décembre 1982.

Ce que l’acquéreur reprend avec le bien

La vente ne rompt pas le bail. L’article 1743 du code civil interdit à l’acquéreur d’expulser le fermier titulaire d’un bail authentique ou de date certaine, et la faculté de se réserver ce droit par contrat, ouverte pour les baux d’immeubles non ruraux, ne l’est pas ici. L’acquéreur prend la place du bailleur, avec ses obligations et son calendrier.

Le socle : ce qui s’impose à l’acquéreur
Règle Contenu du texte Article Fiabilité
Le bail survit à la vente L’acquéreur ne peut expulser le fermier ou le métayer qui a un bail authentique ou dont la date est certaine. La réserve conventionnelle du droit d’expulser n’est ouverte que pour les biens non ruraux C. civ. 1743 Haute
Le statut est d’ordre public Toute mise à disposition à titre onéreux d’un immeuble à usage agricole en vue d’y exercer une activité agricole au sens de l’article L. 311-1 est régie par le statut, sous les réserves de l’article L. 411-2 CRPM L. 411-1 Haute
La preuve est libre L’existence des contrats visés peut être prouvée par tous moyens ; l’absence d’écrit ne fait pas obstacle à la qualification CRPM L. 411-1 Haute
La charge de la preuve est renversée Pour la cession exclusive des fruits et la prise en pension d’animaux, il revient au cédant ou au propriétaire de démontrer que le contrat n’a pas été conclu en vue d’une utilisation continue ou répétée et dans l’intention de faire échec au statut CRPM L. 411-1 Haute
Le renouvellement est un droit du preneur Le preneur a droit au renouvellement, nonobstant toutes clauses contraires, sauf motif grave et légitime ou exercice du droit de reprise CRPM L. 411-46 Haute

Sources : code civil, article 1743 (version 2.0, en vigueur depuis le 14 mai 2009) ; code rural et de la pêche maritime, articles L. 411-1 (version 2.0, en vigueur depuis le 10 juillet 1999), L. 311-1 (version 7.0, en vigueur depuis le 22 mai 2019) et L. 411-46 (version 4.0, en vigueur depuis le 14 juillet 2006). Le renvoi de l’article L. 411-46 aux motifs graves et légitimes de l’article L. 411-31 et aux articles L. 411-59 et suivants n’est pas développé ici : ces articles n’ont pas été relus en session.

Ce qui échappe au statut, et ce qui n’y échappe pas

Les exclusions de l’article L. 411-2 — liste du texte
Cas exclu Portée Fiabilité
Conventions prises en application de dispositions législatives particulières Exclusion par renvoi : la disposition spéciale doit exister Haute
Utilisation des forêts et biens relevant du régime forestier Y compris sur le plan agricole ou pastoral Haute
Entretien des terrains proches d’un immeuble d’habitation Terrains en constituant la dépendance Haute
Conventions d’occupation précaire — trois cas seulement Mise en valeur de biens successoraux avec instance en cours ou indivision judiciaire (art. 821 à 824 du code civil) ; maintien du preneur, de son conjoint ou de son partenaire après bail expiré ou résilié non renouvelé ; exploitation temporaire d’un bien dont l’utilisation principale n’est pas agricole ou dont la destination doit changer Haute
Biens mis à disposition d’une société par une personne qui participe effectivement à leur exploitation au sein de celle-ci Exclusion conditionnelle : elle est attachée à la participation effective de l’apporteur Haute

Source : article L. 411-2 du code rural, version 4.0, en vigueur depuis le 1er janvier 2007. La liste ci-dessus est celle du texte. Elle ne comprend ni les conventions entre parents, ni les conventions de mise à disposition SAFER, ni le bail emphytéotique — trois cas fréquemment présentés comme des exclusions de l’article L. 411-2 et qui n’y figurent pas. Les fondements propres au bail emphytéotique et aux mises à disposition SAFER n’ont pas été vérifiés : ils ne sont pas traités ici.

L’exclusion la plus utilisée en viticulture est une exclusion qui peut tomber

La mise à disposition de vignes à une SCEV, à un GAEC ou à une EARL par un associé est le cas que l’on rencontre le plus souvent au passif d’une due diligence. Le texte l’exclut du statut du fermage — mais à une condition, écrite dans l’article : que la personne qui met les biens à disposition participe effectivement à leur exploitation au sein de la société.

Cette condition n’est pas figée au jour de l’apport. Si la participation effective cesse — départ à la retraite, éloignement, réorganisation de la gérance — l’exclusion cesse avec elle, et le statut du fermage retrouve son empire sur une mise à disposition qui n’a jamais été rédigée comme un bail.

Pour un acquéreur, l’enjeu est de savoir si le foncier qu’il achète est libre, loué, ou dans un état intermédiaire qu’aucun document du dossier ne décrit. Les mises à disposition anciennes sont, à ce titre, le point de contrôle le plus rentable d’un audit de titres.

Participation effective maintenue hors statut du fermage
Participation effective cessée le statut du fermage s’applique

Neuf ans, et deux réserves seulement

La durée du bail et ses réserves
Régime Durée Contenu Article
Droit commun 9 ans au minimum « Nonobstant toute clause ou convention contraire ». La durée stipulée pour une durée inférieure ne vaut pas CRPM L. 411-5
Petites parcelles dérogation possible Des arrêtés de l’autorité administrative, pris après avis de la commission consultative des baux ruraux, fixent la nature et la superficie maximum des parcelles ne constituant pas un corps de ferme ou des parties essentielles d’une exploitation, pour lesquelles une dérogation peut être accordée CRPM L. 411-3
Parcelles divisées depuis moins de neuf ans pas de dérogation La dérogation ne s’applique pas aux parcelles ayant fait l’objet d’une division depuis moins de neuf ans CRPM L. 411-3
Locations annuelles renouvelables 6 ans au maximum Location consentie à un exploitant déjà installé sur une autre exploitation, portant sur un fonds où le bailleur se propose d’installer un ou plusieurs descendants majeurs nommément désignés CRPM L. 411-40 à L. 411-45

Sources : code rural et de la pêche maritime, articles L. 411-5 (version 1.0, en vigueur depuis le 1er décembre 1982), L. 411-3 (version 3.0, en vigueur depuis le 29 juillet 2010) et L. 411-40 (version 2.0, en vigueur depuis le 15 octobre 2014), section 7 intitulée « Dispositions particulières aux locations annuelles renouvelables ». Les articles L. 411-41 à L. 411-45 n’ont pas été relus en session. La convention d’occupation précaire ne relève pas de ce régime : elle figure aux exclusions de l’article L. 411-2. Confondre les deux conduit à qualifier de précaire une location de six ans qui ne l’est pas.

Le prix du bail : le viticole est la dérogation, pas le principe

C’est le point sur lequel la lecture courante s’inverse. Le fermage se fixe en monnaie, et s’actualise chaque année selon un indice national. Le fermage en quantité de denrées, usuel en Champagne et en Bourgogne, est une faculté dérogatoire ouverte aux cultures permanentes — et son effet le plus lourd est d’écarter l’actualisation indiciaire.

Régime de fixation du fermage — article L. 411-11
Élément Contenu du texte Fiabilité
Principe Le loyer des terres nues et des bâtiments d’exploitation est fixé en monnaie entre des maxima et des minima arrêtés par l’autorité administrative Haute
Actualisation de droit commun Le loyer, les maxima et les minima sont actualisés chaque année selon la variation d’un indice national des fermages Haute
Composition de l’indice 60 % de l’évolution du revenu brut d’entreprise agricole à l’hectare constaté sur le plan national au cours des cinq années précédentes, 40 % de l’évolution du niveau général des prix de l’année précédente Haute
Publication de l’indice Constaté par arrêté du ministre chargé de l’agriculture avant le 1er octobre de chaque année Haute
Dérogation viticole Le loyer des terres nues portant des cultures permanentes viticoles, arboricoles, oléicoles et agrumicoles et des bâtiments y afférents peut être évalué en une quantité de denrées, entre des maxima et des minima arrêtés par l’autorité administrative Haute
Effet de la dérogation « Dans ce cas, les dispositions relatives à l’actualisation du loyer […] ne s’appliquent pas » Haute
Révision des maxima et minima Déterminés sur proposition des commissions consultatives paritaires départementales, réexaminés au plus tard tous les six ans Haute
Répercussion sur les baux en cours Si les maxima et minima sont modifiés, le prix des baux en cours n’est révisable qu’au renouvellement ou, pour un bail à long terme, en début de chaque nouvelle période de neuf ans ; à défaut d’accord amiable, le tribunal paritaire des baux ruraux fixe le nouveau prix Haute

Source : article L. 411-11 du code rural, version 11.0, en vigueur depuis le 9 décembre 2020. Deux termes de la pratique ne sont pas ceux du texte : la loi dit « quantité de denrées », non « quintaux », et « autorité administrative », non « arrêté préfectoral ». La réserve du premier alinéa de l’article L. 411-13 est visée par le texte ; cet article n’a pas été relu en session et n’est pas développé ici. Les actes de l’autorité administrative fixant les maxima et minima « fermages vignes » dans la Marne, l’Aube, la Côte-d’Or, la Saône-et-Loire et l’Yonne ne sont pas codifiés : aucune valeur départementale n’est publiée sur cette page.

Un fermage en denrées ne s’indexe pas — il suit la denrée

Le texte est explicite : lorsque le loyer est évalué en quantité de denrées, l’actualisation annuelle par l’indice national des fermages ne s’applique pas. Le bail viticole champenois ou bourguignon ainsi rédigé n’est donc pas indexé au sens usuel du mot : sa charge réelle varie avec la valeur de la denrée retenue et avec les maxima et minima arrêtés par l’autorité administrative, réexaminés au plus tard tous les six ans.

Pour un acquéreur, la conséquence est directe sur la lecture du rendement locatif. Un fermage en monnaie et un fermage en denrées ne se projettent pas de la même façon, et l’écart ne se réduit pas à une différence d’unité de compte : ce sont deux mécanismes de révision distincts, l’un annuel et indiciaire, l’autre lié à la denrée et à un réexamen sexennal.

Le point de contrôle est simple : lire dans le bail la clause de prix, et vérifier lequel des deux régimes elle met en œuvre. Une clause qui fixerait le fermage sur d’autres bases que celles prévues par l’article L. 411-11 est exposée à la contestation.

Fermage en monnaie actualisé chaque année selon l’indice national des fermages
Fermage en denrées actualisation indiciaire expressément écartée par le texte

Le preneur ne choisit pas son successeur

La cession de bail est interdite. L’exception est double, et ses deux conditions sont cumulatives : un cessionnaire pris dans un cercle limitativement énuméré, et l’agrément du bailleur. Une cession familiale n’est pas de droit.

Cession du bail et co-preneance — article L. 411-35
Point Contenu du texte Fiabilité
Principe Toute cession de bail est interdite, nonobstant l’article 1717 du code civil et sous réserve des baux cessibles hors du cadre familial Haute
Première condition — le cercle Conjoint ou partenaire de PACS du preneur participant à l’exploitation, ou descendants du preneur ayant atteint la majorité ou émancipés Haute
Seconde condition — l’agrément La cession doit être « consentie, avec l’agrément du bailleur ». À défaut d’agrément, la cession peut être autorisée par le tribunal paritaire Haute
Co-preneance Soumise au même agrément du bailleur ou, à défaut, à l’autorisation du tribunal paritaire Haute
Poursuite du bail au seul nom du copreneur restant Trois mois pour le demander par lettre recommandée avec avis de réception ; à peine de nullité, la lettre reproduit intégralement le troisième alinéa et mentionne expressément les motifs et la date de cessation d’activité du copreneur Haute
Ancienneté de trois ans La condition d’ancienneté du bail porte sur ce seul alinéa, non sur l’ensemble du régime de la cession Haute
Sous-location Interdite, sauf autorisations limitatives : vacances ou loisirs pour trois mois consécutifs au plus, habitation avec accord écrit sur le partage du produit Haute
Nature de la règle L’article est d’ordre public Haute

Source : article L. 411-35 du code rural, version 5.0, en vigueur depuis le 15 octobre 2014. Une cession consentie à un descendant majeur sans agrément du bailleur ni autorisation du tribunal paritaire est irrégulière, quand bien même le cessionnaire relève du cercle visé par le texte. Le délai dans lequel le propriétaire peut saisir le tribunal paritaire pour s’opposer à la poursuite du bail est fixé par décret, non relu en session.

Le preneur qui apporte son bail à une société est dans le même cas. L’apport du droit au bail à une société civile d’exploitation agricole ou à un groupement de propriétaires ou d’exploitants exige l’agrément personnel du bailleur, « et sans préjudice du droit de reprise de ce dernier ». Ces dispositions sont d’ordre public. Source : article L. 411-38 du code rural, version 2.0, en vigueur depuis le 14 juillet 2006. Ce point est développé sur la page Les structures de détention du foncier viticole.

Reprendre le bien : la forme prime le fond

Congé et reprise — forme, délais, bénéficiaires
Mécanisme Règle Article Fiabilité
Forme du congé Acte extrajudiciaire — aujourd’hui acte de commissaire de justice. Aucune autre forme n’est prévue par le texte CRPM L. 411-47 Haute
Délai du congé Dix-huit mois au moins avant l’expiration du bail CRPM L. 411-47 Haute
Mentions à peine de nullité Motifs allégués ; en cas de reprise, nom, prénom, âge, domicile et profession du ou des bénéficiaires devant exploiter conjointement, le cas échéant d’un bénéficiaire subsidiaire, et l’habitation ou les habitations qu’ils devront occuper ; reproduction des termes du premier alinéa de l’article L. 411-54 CRPM L. 411-47 Haute
Tempérament La nullité n’est pas prononcée si l’omission ou l’inexactitude ne sont pas de nature à induire le preneur en erreur CRPM L. 411-47 Haute
Reprise pour habitation — objet Reprise, par le bailleur ou un membre de sa famille jusqu’au troisième degré inclus, d’une surface déterminée par arrêté préfectoral en vue de construire une maison d’habitation, ou d’un bâtiment dont le changement de destination est autorisé, dès lors que la reprise ne compromet pas l’exploitation du preneur CRPM L. 411-57 Haute
Reprise pour habitation — conditions Congé signifié dix-huit mois avant la date d’effet, justification d’un permis de construire ou de la déclaration en tenant lieu, exercice une seule fois au cours du bail initial ou de ses renouvellements CRPM L. 411-57 Haute
Reprise pour habitation — sanctions Congé réputé caduc à défaut de construction dans les deux ans de l’obtention du permis, ou si le bâtiment repris n’a pas reçu son utilisation dans les deux ans de la date d’effet ; le fermage est minoré en proportion de la surface reprise CRPM L. 411-57 Haute
Refus de renouvellement pour reprise — bénéficiaires Le bailleur lui-même, son conjoint, son partenaire de PACS ou un descendant majeur ou mineur émancipé CRPM L. 411-58 Haute
Opposition du preneur proche de la retraite Le preneur ou un copreneur à moins de cinq ans de l’âge de la retraite, ou de l’âge permettant la retraite à taux plein, peut s’opposer ; le bail est prorogé de plein droit, une seule fois, et aucune cession n’est possible pendant cette période CRPM L. 411-58 Haute
Délai d’opposition Quatre mois à compter du congé, par lettre recommandée avec avis de réception ou par saisine directe du tribunal paritaire en contestation de congé CRPM L. 411-58 Haute

Sources : code rural et de la pêche maritime, articles L. 411-47 (version 1.0, en vigueur depuis le 1er décembre 1982), L. 411-57 (version 6.0, en vigueur depuis le 1er janvier 2016) et L. 411-58 (version 7.0, en vigueur depuis le 31 décembre 2022). Les deux droits de reprise ne se recoupent pas : l’article L. 411-57 vise la reprise pour habitation au profit de la famille jusqu’au troisième degré, l’article L. 411-58 le refus de renouvellement au profit d’un cercle plus étroit. L’article L. 411-57 s’exerce « sans préjudice de l’application des articles L. 411-69 à L. 411-78 » : la reprise pour habitation n’éteint pas l’indemnité au preneur sortant. Les articles L. 411-54, L. 411-59 et L. 411-60 n’ont pas été relus en session : leur contenu n’est pas restitué ici.

Un congé par lettre recommandée est irrégulier en la forme

Le texte de l’article L. 411-47 ne connaît qu’une voie : l’acte extrajudiciaire. La lettre recommandée avec avis de réception, admise par un grand nombre de sources secondaires, n’est pas prévue. Un congé ainsi délivré ne produit pas l’effet recherché, et le bail se renouvelle.

L’erreur est d’autant plus coûteuse qu’elle se découvre tard : dix-huit mois séparent le congé de l’échéance du bail. Un acquéreur qui achète en comptant sur une reprise annoncée hérite d’un congé qui, s’il est irrégulier, laisse le preneur en place pour neuf ans de plus.

Trois vérifications se cumulent sur tout congé figurant au dossier : la forme de l’acte, le délai de dix-huit mois, et les trois mentions exigées à peine de nullité. Le tempérament final du texte — l’omission qui n’est pas de nature à induire le preneur en erreur — ne rattrape pas un vice de forme.

Acte extrajudiciaire seule forme prévue par l’article L. 411-47
18 mois délai minimal avant l’expiration du bail

L’indemnité au preneur sortant : la charge que l’acquéreur reprend

C’est le poste que les dossiers de cession chiffrent le plus mal. Le preneur qui a amélioré le fonds a droit à une indemnité quelle que soit la cause de fin du bail — y compris, donc, lorsque le bail prend fin sans faute de personne. En viticulture, l’assiette est dominée par les plantations.

Indemnité au preneur sortant — articles L. 411-69 et L. 411-71
Élément Règle Article Fiabilité
Droit à indemnité Le preneur qui a, par son travail ou ses investissements, apporté des améliorations au fonds y a droit à l’expiration du bail, quelle que soit la cause de la fin du bail CRPM L. 411-69 Haute
Assimilations Réparations nécessaires à la conservation d’un bâtiment indispensable, faites avec l’accord du bailleur et excédant les obligations légales ; travaux de mise en conformité réglementaire CRPM L. 411-69 Haute
Obligation d’avertir l’acquéreur En cas de vente, l’officier public qui instrumente doit avertir l’acquéreur qu’il supportera cette indemnité en fin de bail CRPM L. 411-69 Haute
Forclusion La demande du preneur sortant se prescrit par douze mois à compter de la date de fin du bail CRPM L. 411-69 Haute
Plantations — assiette Ensemble des dépenses, y compris la valeur de la main-d’œuvre, évaluées à la date d’expiration du bail, engagées par le preneur avant l’entrée en production, déduction faite d’un amortissement calculé à partir de cette date CRPM L. 411-71, 2° Haute
Plantations — plafond L’indemnité ne peut excéder le montant de la plus-value apportée au fonds par ces plantations CRPM L. 411-71, 2° Haute
Exclusions du calcul Part des travaux financée par subvention ; travaux somptuaires ou faits au-dessus du juste prix, ramenés à ce qu’aurait coûté une installation normale au juste prix CRPM L. 411-71 Haute

Sources : code rural et de la pêche maritime, articles L. 411-69 (version 3.0, en vigueur depuis le 15 octobre 2014) et L. 411-71 (version 3.0, en vigueur depuis le 15 octobre 2014). Les articles L. 411-72 et L. 411-74 à L. 411-78, qui complètent le régime de l’indemnité, n’ont pas été relus en session et ne sont pas restitués ici.

Douze mois après la fin du bail, la créance s’éteint — pas avant

L’indemnité au preneur sortant n’est ni une clause de style ni une variable de négociation : c’est une créance légale attachée au fonds, que la vente ne fait pas disparaître. Le texte impose à l’officier public instrumentant la vente d’avertir l’acquéreur qu’il la supportera.

Sur un vignoble champenois ou bourguignon, les postes en cause — plantation, replantation, palissage, équipements — se comptent en dizaines de milliers d’euros à l’hectare. L’assiette s’arrête à l’entrée en production et le montant est plafonné par la plus-value apportée au fonds : deux bornes qui rendent le chiffrage contradictoire indispensable, et impossible à improviser au moment du congé.

La forclusion de douze mois court à compter de la fin du bail, non de la vente. Un acquéreur qui reprend un bail à trois ans du terme achète une créance latente dont l’exigibilité est datée, et dont le montant n’est presque jamais provisionné dans le prix.

Quelle que soit la cause de la fin du bail, l’indemnité est due
12 mois forclusion de la demande, à compter de la fin du bail

Dix-huit ans, vingt-cinq ans, carrière : trois régimes, pas une durée au choix

Les baux à long terme
Bail Durée Régime Article
Bail à long terme 18 ans au moins Sans possibilité de reprise triennale pendant son cours, sous réserve de l’article L. 416-5. Renouvelable par période de neuf ans dans les conditions de l’article L. 411-46 ; le bail renouvelé reste soumis au régime du long terme CRPM L. 416-1
Bail de vingt-cinq ans 25 ans au moins Si la durée du bail initial est d’au moins vingt-cinq ans, il peut être convenu d’un renouvellement sans limitation de durée par tacite reconduction CRPM L. 416-3
Sortie du bail à tacite reconduction préavis long Chaque partie peut y mettre fin chaque année, sans condition de reprise ordinaire, le congé prenant effet à la fin de la quatrième année suivant celle où il a été donné CRPM L. 416-3
Absence de clause de tacite reconduction terme sec Le bail de vingt-cinq ans prend fin au terme stipulé, sans congé CRPM L. 416-3
Bail de carrière 25 ans au moins Dénomination que prend le bail à long terme lorsqu’il porte sur une exploitation constituant une unité économique ou sur un lot de terres d’une superficie supérieure au seuil de l’article L. 312-1, qu’il est conclu pour une durée qui ne peut être inférieure à vingt-cinq ans et qu’il prend fin à l’expiration de l’année culturale pendant laquelle le preneur atteint l’âge de la retraite retenu en matière d’assurance vieillesse agricole CRPM L. 416-5
Prix du bail de carrière prix du bail de neuf ans Pour un bail à ferme, les parties sont autorisées à majorer le prix dans des proportions qui ne peuvent être supérieures à un coefficient égal à 1 % par année de validité du bail CRPM L. 416-5

Sources : code rural et de la pêche maritime, articles L. 416-1 (version 2.0, en vigueur depuis le 14 juillet 2006), L. 416-3 (version 2.0, en vigueur depuis le 14 juillet 2006) et L. 416-5 (version 2.0, en vigueur depuis le 15 octobre 2014), ce dernier relu directement sur Légifrance le 29 août 2026. Les « vingt-cinq ans » ne sont pas une variante de durée librement choisie : le bail de carrière est un régime distinct, soumis aux conditions de l’article L. 416-5, dont le terme est indexé sur l’âge de la retraite du preneur. Le seuil de l’article L. 312-1 n’a pas été relu en session.

Métayage : le tiers est un plafond d’ordre public

Métayage — articles L. 417-1 et L. 417-3
Point Contenu du texte Fiabilité
Définition Contrat par lequel un bien rural est donné à bail à un preneur qui s’engage à le cultiver sous la condition d’en partager les produits avec le bailleur Haute
Plafond La part du bailleur ou prix du bail ne peut être supérieure au tiers de l’ensemble des produits, sauf décision contraire du tribunal paritaire Haute
Interdiction des charges annexes Le preneur ne peut être astreint, en sus de la part de produits, à aucune redevance, prestation ou service, en nature, en argent ou en travail, quelle qu’en soit la forme ou l’origine Haute
Interdiction de récupération Le propriétaire ne peut récupérer le montant par une modification des conditions du partage Haute
Nature de la règle « Les dispositions ci-dessus sont d’ordre public » Haute
Seule dérogation prévue Une dérogation au partage des dépenses d’exploitation entre preneur et bailleur peut être autorisée par le préfet du département, après avis de la commission consultative paritaire départementale des baux ruraux Haute

Sources : code rural et de la pêche maritime, articles L. 417-1 (version 2.0, en vigueur depuis le 14 juillet 2006) et L. 417-3 (version 3.0, en vigueur depuis le 29 juillet 2010). Le tiers est un maximum, non un standard : un métayage au quart est licite, un partage supérieur au tiers ne l’est pas, sauf décision contraire du tribunal paritaire. Les articles L. 417-2 et L. 417-4 à L. 417-10 n’ont pas été relus en session.

Le point de contrôle sur un métayage ancien. Les baux à métayage viticoles anciens mettent fréquemment à la charge du métayer des fournitures, des façons ou le transport de vendange. Ces charges s’ajoutent à la part de produits revenant au bailleur. Leur cumul se confronte au plafond d’ordre public de l’article L. 417-3, qui prohibe expressément toute redevance, prestation ou service exigé en sus de cette part.

Le bail cessible hors cadre familial, et son effet contre-intuitif

Bail cessible hors du cadre familial — article L. 418-1
Élément Contenu du texte Fiabilité
Conditions de forme, cumulatives Contrat passé en la forme authentique, et mention expresse que chacune des parties entend le soumettre au chapitre VIII du titre Ier du livre IV Haute
Sanction À défaut, la clause de cessibilité est nulle et le bail est régi par le droit commun Haute
Préemption écartée après trois ans Les articles L. 143-1 à L. 143-15 (préemption SAFER) et L. 412-7 ne sont pas applicables aux biens faisant l’objet d’un tel bail, dès lors qu’il a été conclu depuis au moins trois ans Haute
Dérogations conventionnelles admises Par clauses validées par la commission consultative paritaire départementale des baux ruraux, aux articles L. 411-25 à L. 411-29, L. 415-1, L. 415-2 et L. 415-7 Haute
Primes d’assurance incendie Les parties peuvent convenir d’une répartition différente de la charge des primes contre l’incendie des bâtiments loués, prescrites par le premier alinéa de l’article L. 415-3 Haute
Droit d’acquisition préférentiel du bailleur Les parties sont libres de prévoir que le bailleur pourra acquérir par préférence le bail cédé isolément Haute

Source : article L. 418-1 du code rural, version 1.0, en vigueur depuis le 6 janvier 2006. Point de vigilance sur la version des textes : l’article L. 143-1, visé par le renvoi ci-dessus, est en version 8.0, en vigueur depuis le 20 août 2026. Toute lecture de la préemption SAFER établie sur une consolidation antérieure est périmée. Le contenu des modifications apportées par cette version n’a pas été comparé aux versions antérieures : aucune conclusion n’est tirée ici sur l’étendue de la préemption. Les articles L. 411-25 à L. 411-29, L. 415-1, L. 415-2, L. 415-3 et L. 415-7 n’ont pas été relus en session.

Un bail conçu pour circuler restreint la préemption sur le foncier

Le bail cessible hors cadre familial est le seul régime qui permet au preneur de céder son bail en dehors du cercle du conjoint, du partenaire et des descendants. Son prix d’entrée est un formalisme strict : acte authentique et mention expresse de soumission au chapitre VIII, à peine de nullité de la clause.

Son effet le moins connu porte sur le foncier lui-même. Passé trois ans d’ancienneté du bail, les articles L. 143-1 à L. 143-15 et L. 412-7 cessent d’être applicables aux biens qui en font l’objet. Un acquéreur qui découvre un bail cessible dans une chaîne de titres ne lit donc pas la circulation du bien avec les mêmes règles que sur un bail de neuf ans.

C’est un point de cartographie, pas une orientation : la qualification d’un bail existant et le calcul de son ancienneté relèvent de l’acte, et leur vérification appartient au notaire du dossier.

Les textes cités

Les articles cités et leur version en vigueur
Article Version En vigueur depuis le
CRPM, art. L. 311-1 7.0 22 mai 2019
CRPM, art. L. 411-1 2.0 10 juillet 1999
CRPM, art. L. 411-2 4.0 1er janvier 2007
CRPM, art. L. 411-3 3.0 29 juillet 2010
CRPM, art. L. 411-5 1.0 1er décembre 1982
CRPM, art. L. 411-11 11.0 9 décembre 2020
CRPM, art. L. 411-35 5.0 15 octobre 2014
CRPM, art. L. 411-38 2.0 14 juillet 2006
CRPM, art. L. 411-40 2.0 15 octobre 2014
CRPM, art. L. 411-46 4.0 14 juillet 2006
CRPM, art. L. 411-47 1.0 1er décembre 1982
CRPM, art. L. 411-57 6.0 1er janvier 2016
CRPM, art. L. 411-58 7.0 31 décembre 2022
CRPM, art. L. 411-69 3.0 15 octobre 2014
CRPM, art. L. 411-71 3.0 15 octobre 2014
CRPM, art. L. 416-1 2.0 14 juillet 2006
CRPM, art. L. 416-3 2.0 14 juillet 2006
CRPM, art. L. 416-5 2.0 15 octobre 2014
CRPM, art. L. 417-1 2.0 14 juillet 2006
CRPM, art. L. 417-3 3.0 29 juillet 2010
CRPM, art. L. 418-1 1.0 6 janvier 2006
CRPM, art. L. 143-1 8.0 20 août 2026
Code civil, art. 1743 2.0 14 mai 2009

Versions relevées sur Légifrance le 29 août 2026, article par article. L’article L. 143-1 figure ici parce qu’il est visé par le renvoi de l’article L. 418-1 : il est en version 8.0 depuis le 20 août 2026, et n’est cité sur cette page que pour ce renvoi. Une date de version n’est pas une date de publication : elle indique depuis quand le texte en vigueur est celui qui est cité.

Points écartés de cette page, faute de vérification. Ne sont traités ni le droit de préemption du preneur et sa mise en œuvre (articles L. 412-1 et suivants), ni la préemption SAFER, ni le fondement du congé pour défaut d’exploitation, ni les montants départementaux de fermage viticole — actes de l’autorité administrative non codifiés. Ne sont pas non plus restitués les articles L. 411-13 (révision du prix), L. 411-54 (termes à reproduire dans le congé), L. 411-59 et L. 411-60 (exploitation personnelle après reprise), L. 411-72 et L. 411-74 à L. 411-78 (régime complet de l’indemnité), L. 417-2 et L. 417-4 à L. 417-10 (métayage), ni L. 312-1 (seuil visé par le bail de carrière). Ces textes n’ont pas été relus : rien n’est affirmé à leur sujet.
Ce que cette page est, et ce qu’elle n’est pas. Elle identifie des mécanismes et des risques, avec l’article qui les fonde et la date de sa version en vigueur. Elle ne se prononce sur aucune situation particulière, ne qualifie aucun contrat et n’oriente aucun montage. Toute opération réelle — rédaction ou relecture d’un bail, congé, reprise, cession de bail ou de parts, constitution ou modification d’un groupement — relève d’un notaire ou d’un avocat spécialisé en droit rural. Les textes cités ont été relus sur Légifrance, article par article, le 29 août 2026.

Reproduction autorisée sous réserve de citer la source sous la forme « Observatoire VITACEAE — le statut du fermage viticole », avec un lien vers cette page. — Ce document est publié à titre d’information économique. Il ne constitue ni un avis juridique, ni une analyse fiscale, ni une recommandation patrimoniale, ni une évaluation. VITACEAE TRANSACTIONS SAS, RCS Reims 823 282 637, CPI 5102 2016 000 014 113 (CCI Marne-Ardennes).

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